· Politique et société · Richard Jenkins

Une dette de gratitude, un devoir d'avenir

Je ne suis pas né en France.

Pourtant, la France m'a donné certaines des choses les plus précieuses qu'un être humain puisse recevoir. Elle m'a donné une famille. Elle m'a permis d'accéder à un système de santé qui m'a offert une greffe de rein. Elle m'a donné de l'espoir lorsque l'horizon semblait se refermer.

Je lui dois beaucoup.

C'est précisément pour cette raison que je refuse la facilité du dénigrement permanent. Il est devenu courant d'expliquer que tout va mal, que tout était mieux avant, que le pays décline irrémédiablement. Cette vision me paraît à la fois injuste et stérile.

La France que j'ai rencontrée était capable de solidarité, d'accueil et de confiance dans l'avenir. Elle croyait que l'éducation pouvait changer une vie, que la culture élargissait le monde et que la démocratie exigeait davantage que des slogans.

Pourtant, depuis une quinzaine d'années, le débat public semble s'être contracté. Les questions de sécurité sont devenues omniprésentes. Bien sûr, assurer la sécurité des citoyens est une mission fondamentale de l'État. Nul ne le conteste.

Mais lorsqu'un pays commence à regarder chacune de ses difficultés à travers le seul prisme de la sécurité, quelque chose se dérègle. La peur remplace peu à peu l'espérance. Les réflexes prennent la place de la réflexion. Les certitudes idéologiques se substituent à la complexité du réel.

Pendant ce temps, les défis du siècle s'accumulent.

Le dérèglement climatique. L'effondrement de la biodiversité. Les transformations du travail. Les fractures territoriales. La crise du logement. La santé. L'éducation. Le vieillissement de la population. Les mutations technologiques et l'intelligence artificielle.

Autant de sujets qui exigent imagination, coopération et courage politique.

Nous avons besoin d'une nation tournée vers demain plutôt que vers hier.

Nous avons également besoin d'une Europe capable de penser son avenir collectif. Aucune nation européenne, aussi fière soit-elle de son histoire, ne pourra affronter seule les bouleversements écologiques, économiques et géopolitiques qui viennent. L'échelle du XXIe siècle est continentale. Notre avenir est commun ou il sera fragile.

Je ne cherche pas un retour à un âge d'or imaginaire. Je cherche un horizon.

Je crois encore à une France qui éduque, qui soigne, qui protège sans céder à la peur, et qui trouve dans la diversité de ses parcours une source de richesse plutôt qu'un motif de méfiance.

Et si un tel projet devait émerger, je serais prêt à y contribuer.

Non comme expert. Non comme dirigeant.

Simplement comme citoyen reconnaissant de ce qu'il a reçu et désireux de transmettre à son tour une part de cette espérance.

Richard Jenkins
Idreamofthought.org